• A propos de
  • Contact
Şengün Droit
  • English
  • Deutsch
  • Türkçe
  • Español
  • Italiano
  • Conseil en investissement en Türkiye
    • Création d’entreprise
    • Actionnaire étranger
    • Concessions – Incitations
    • Dettes fiscales
    • Assurance
    • Achats de biens immobiliers
    • Risque, conformité et réglementation
    • Logistique internationale
    • ESG
    • Compétition
    • Conseil syndical
    • Sélection des régions
    • Transformation Numérique
    • Conseil en technologies de l’information
  • Articles
    • De Nedim Korhan Şengün
    • Centre de l’Entrepreneuriat
    • Centre Vert Global
    • Centre de Gestion des Risques et de Conformité Réglementaire
    • Centre d’Arbitrage, de Conciliation et de Médiation
    • Centre des Marchés de Capitaux et des Transactions Financières
    • Centre d’Assurance
    • Centre de Gestion des Actifs Intellectuels
    • Centre des Données Personnelles
    • Centre du Droit de la Concurrence et de la Pratique
    • Centre de conseil en investissement
  • Citoyenneté et immigration en Türkiye
    • Acquisition de la nationalité Türkiye
    • Permis de travail
    • Permis de séjour
    • Droit de la famille pour les étrangers
    • Droit pénal des étrangers
    • Propriété intellectuelle pour les étrangers
    • Pratiques administratives pour les étrangers
  • Différends Internationaux
    • Résolution des Litiges Locaux et Internationaux
    • Arbitrage/ Reconnaissance/ Adjudication
  • Annonces
Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Conseil en investissement en Türkiye
    • Création d’entreprise
    • Actionnaire étranger
    • Concessions – Incitations
    • Dettes fiscales
    • Assurance
    • Achats de biens immobiliers
    • Risque, conformité et réglementation
    • Logistique internationale
    • ESG
    • Compétition
    • Conseil syndical
    • Sélection des régions
    • Transformation Numérique
    • Conseil en technologies de l’information
  • Articles
    • De Nedim Korhan Şengün
    • Centre de l’Entrepreneuriat
    • Centre Vert Global
    • Centre de Gestion des Risques et de Conformité Réglementaire
    • Centre d’Arbitrage, de Conciliation et de Médiation
    • Centre des Marchés de Capitaux et des Transactions Financières
    • Centre d’Assurance
    • Centre de Gestion des Actifs Intellectuels
    • Centre des Données Personnelles
    • Centre du Droit de la Concurrence et de la Pratique
    • Centre de conseil en investissement
  • Citoyenneté et immigration en Türkiye
    • Acquisition de la nationalité Türkiye
    • Permis de travail
    • Permis de séjour
    • Droit de la famille pour les étrangers
    • Droit pénal des étrangers
    • Propriété intellectuelle pour les étrangers
    • Pratiques administratives pour les étrangers
  • Différends Internationaux
    • Résolution des Litiges Locaux et Internationaux
    • Arbitrage/ Reconnaissance/ Adjudication
  • Annonces
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Şengün Droit
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Accueil Articles Centre du Droit de la Concurrence et de la Pratique

Actions en réparation et actions follow-on en matière d’infractions au droit de la concurrence : une analyse dans la perspective du droit turc

27 mars 2026
dans Centre du Droit de la Concurrence et de la Pratique
Temps de lecture : 13 minutes de lecture
A A
Rekabet Hukuku İhlallerinde Özel Hukuk Tazminat Davaları ve Follow-on Süreçler: Türk Hukuku Açısından Bir Değerlendirme
Partager sur FacebookPartager sur TwitterPartager sur Linkedin

1. Introduction

Le droit de la concurrence est principalement mis en œuvre par les autorités publiques. Dans le cadre du mécanisme de mise en œuvre par le droit public, les autorités administratives identifient, instruisent et sanctionnent les infractions, tandis que les personnes physiques et morales n’interviennent pas comme des acteurs directs du processus, mais comme des parties qui en subissent les conséquences. À l’inverse, la mise en œuvre privée constitue un mécanisme permettant aux personnes physiques et morales lésées par des infractions au droit de la concurrence de saisir les juridictions civiles afin d’obtenir réparation par le biais d’actions en réparation. Aujourd’hui, ces deux mécanismes ne sont plus envisagés comme alternatifs, mais comme complémentaires.

Dans le présent article, l’expression « actions follow-on » désigne les actions en réparation intentées par des parties ayant subi un préjudice du fait d’une infraction au droit de la concurrence, après que cette infraction a été constatée par les autorités compétentes. Dès lors que l’infraction est, en règle générale, déjà établie par des décisions administratives, la procédure contentieuse se concentre sur le préjudice et le lien de causalité. À cet égard, les actions follow-on constituent un pont fonctionnel entre la mise en œuvre publique du droit de la concurrence et les mécanismes de réparation de droit privé.

Au cours des deux dernières décennies, on observe à l’échelle mondiale une augmentation significative de la mise en œuvre privée du droit de la concurrence, en particulier sous la forme d’actions en réparation. Cette évolution s’explique par une prise de conscience croissante du fait que les infractions au droit de la concurrence portent atteinte non seulement à l’ordre public économique, mais également aux intérêts individuels. La pratique solidement établie des actions en réparation aux États-Unis a influencé de nombreux systèmes juridiques, en particulier en Europe, où des règles tant matérielles que procédurales facilitant l’accès des victimes aux juridictions se sont progressivement développées. Ainsi, la mise en œuvre du droit de la concurrence ne se limite plus aux sanctions publiques, mais est désormais renforcée par des actions privées en réparation.

2. Approches de la réparation des dommages en droit de l’Union européenne et en droit turc

L’Union européenne (« UE ») a longtemps fonctionné dans un système où la mise en œuvre publique du droit de la concurrence était prédominante ; toutefois, elle a progressivement adopté une orientation politique visant à renforcer les actions en réparation destinées à compenser les préjudices résultant des infractions au droit de la concurrence[1]. Au cœur de cette évolution se trouve la directive 2014/104/UE relative aux actions en dommages et intérêts en droit de la concurrence (« directive »), instrument essentiel destiné à faciliter l’introduction de demandes de réparation par les personnes lésées. Cette directive a introduit des réformes significatives, notamment une redéfinition de la charge de la preuve, un accès élargi aux éléments de preuve, une harmonisation des délais de prescription et, en particulier, des présomptions relatives à l’existence d’un préjudice dans les affaires de cartels. Par conséquent, les actions en réparation constituent désormais un pilier complémentaire essentiel du système d’application du droit de la concurrence de l’UE.

En Türkiye, la mise en œuvre du droit de la concurrence reste largement structurée autour d’un modèle de mise en œuvre publique. Les enquêtes menées par l’Autorité turque de la concurrence ainsi que les amendes administratives constituent le cœur du système. Néanmoins, les conséquences de droit privé des violations des dispositions impératives de la loi n° 4054 sur la protection de la concurrence (« loi n° 4054 ») sont régies par les articles 56 à 59, sous l’intitulé « conséquences de droit civil des restrictions de concurrence », lesquels encadrent notamment la nullité, le droit à réparation, l’indemnisation du préjudice et les règles relatives à la charge de la preuve. En pratique toutefois, ces mécanismes demeurent d’une application limitée.

Dans ce contexte, les évolutions observées au sein de l’UE, en particulier le cadre instauré par la directive, constituent également une référence importante pour le droit turc. La nécessité de développer de manière équilibrée et complémentaire la mise en œuvre publique et les actions privées en réparation afin de renforcer l’effectivité du droit de la concurrence est de plus en plus soulignée tant par la doctrine que par la pratique.

3. Infractions au droit de la concurrence et réparation du préjudice en droit de l’Union européenne

En droit de l’Union européenne, la réparation intégrale couvre la perte subie (damnum emergens), le gain manqué (lucrum cessans) ainsi que les intérêts[2]. Toutefois, cette réparation ne doit pas conduire à une surcompensation. Afin de comprendre l’approche de l’Union en matière d’infractions au droit de la concurrence, il est particulièrement important d’examiner les considérants de la directive 2014/104/UE. Celle-ci énonce, en substance, que la réparation du préjudice causé par les infractions au droit de la concurrence constitue un instrument essentiel pour garantir l’effectivité des règles de concurrence de l’Union. Elle reconnaît que les divergences entre les règles procédurales et substantielles des États membres — notamment en matière d’accès aux preuves, de délais de prescription, de responsabilité solidaire, de présomption de préjudice dans les affaires de cartels et de défense fondée sur la répercussion du surcoût — peuvent entraver l’exercice effectif des actions en réparation. Sur cette base, la directive vise à faciliter l’introduction d’actions en réparation par les personnes lésées par des infractions au droit de la concurrence et à assurer le bon fonctionnement du marché intérieur[3]. Ainsi, son objectif principal est de renforcer l’accès à la compensation pour les victimes tout en soutenant l’effectivité de la mise en œuvre publique du droit de la concurrence.

L’article 16 de la directive, en tant que disposition transformant fondamentalement le régime probatoire dans les actions en réparation en matière de concurrence, a particulièrement contribué à la consolidation des actions follow-on. Son effet principal est d’assurer l’économie de procédure en empêchant que l’existence d’une infraction déjà constatée au niveau administratif soit à nouveau débattue devant les juridictions civiles, renforçant ainsi la sécurité juridique. En conséquence, dans les actions en réparation faisant suite à des décisions d’infraction adoptées par la Commission européenne ou les autorités nationales de concurrence, les juridictions ne remettent pas en cause l’existence de l’infraction, ce qui permet aux demandeurs de se concentrer exclusivement sur le préjudice et le lien de causalité. En outre, l’article 16, paragraphe 2, introduit une dimension transfrontalière en reconnaissant au minimum une valeur probatoire aux décisions des autorités d’autres États membres. Sans établir un effet pleinement contraignant, il instaure un modèle hybride renforçant la circulation et la valeur probatoire des décisions au sein de l’Union.

L’article 17, quant à lui, tient compte de la complexité intrinsèque des dommages en droit de la concurrence, lesquels nécessitent souvent des modélisations économiques, et assouplit les règles traditionnelles de preuve au profit des demandeurs. Il dispose qu’« il est présumé que les infractions de cartel causent un préjudice. L’auteur de l’infraction a le droit de renverser cette présomption ». Cette présomption de préjudice repose sur l’analyse économique selon laquelle les cartels entraînent généralement des hausses de prix ou des pertes de bien-être, et elle réduit significativement la charge de la preuve pesant sur le demandeur. Cette approche est également conforme au « principe d’effectivité » développé par la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, selon lequel l’exercice des droits issus du droit de l’Union ne doit pas être rendu excessivement difficile ou pratiquement impossible par les règles procédurales nationales. Par ailleurs, le pouvoir reconnu aux juridictions d’évaluer le montant du préjudice garantit l’effectivité concrète de l’indemnisation dans les cas où une quantification précise est difficile. Dans ce contexte, les articles 16 et 17, pris ensemble, montrent que la directive met en place un régime probatoire qui ne se limite pas à reconnaître des droits substantiels, mais en assure également l’effectivité pratique.

4. Infractions au droit de la concurrence et réparation du préjudice en droit turc

L’examen de la pratique judiciaire turque montre que les juridictions tendent à apprécier les demandes de réparation fondées sur des infractions au droit de la concurrence dans le cadre de la responsabilité délictuelle[4]. En effet, la jurisprudence admet que de telles actions reposent sur les principes de la responsabilité civile délictuelle et souligne que le demandeur doit prouver les éléments constitutifs que sont l’acte illicite, le dommage, la faute et le lien de causalité. Dans ce contexte, il convient également de relever que certaines décisions ont assoupli la charge de la preuve relative à la faute. En particulier, s’agissant des accords anticoncurrentiels, des pratiques concertées ou de l’abus de position dominante, il est admis — conformément à la position dominante en doctrine — que la faute peut être présumée[5].

Les décisions judiciaires concrétisent également la relation entre les dimensions de mise en œuvre publique et privée du droit de la concurrence. À cet égard, il apparaît que les décisions de l’Autorité de la concurrence jouent un rôle significatif dans les actions en réparation. En particulier, les décisions des juridictions régionales indiquent que la constatation d’une infraction par le Conseil de la concurrence constitue en pratique une condition préalable à l’action et que ces décisions revêtent une forte valeur probatoire devant les juridictions civiles[6][7]. Cette jurisprudence témoigne d’une influence de l’approche de la directive européenne sur le droit turc.

En outre, certaines décisions illustrent explicitement le fonctionnement conjoint des sanctions administratives et des mécanismes de réparation de droit privé afin d’assurer l’effectivité du droit de la concurrence. Les juridictions accordant des dommages-intérêts triplés sur le fondement de l’article 58 de la loi n° 4054, sur la base de constatations d’infraction établies par le Conseil de la concurrence, montrent comment la mise en œuvre publique est renforcée par les voies de droit privé. En pratique, il apparaît également que les procédures administratives relatives aux infractions au droit de la concurrence ont un impact direct sur les actions civiles en réparation. Dans ce contexte, les juridictions suspendent fréquemment les procédures en dommages-intérêts jusqu’à l’issue des recours en annulation dirigés contre les décisions du Conseil de la concurrence. Lorsque la juridiction administrative annule la décision de l’autorité de concurrence, cela peut conduire au rejet des demandes de réparation fondées sur cette décision[8].

Parallèlement, certaines décisions jurisprudentielles maintiennent une séparation plus nette entre les sphères du droit public et du droit privé. La 13e chambre du Conseil d’État a ainsi distingué les griefs relevant du droit de la concurrence de ceux relevant de la concurrence déloyale, en les renvoyant aux juridictions civiles[9], tandis que la 14e chambre de la cour régionale a soutenu la primauté du contrôle administratif[10]. Dans une décision, le Conseil de la concurrence a affirmé que « l’objectif du droit de la concurrence n’est pas de protéger les intérêts individuels mais d’assurer et de préserver une structure de marché concurrentielle dans l’intérêt public. Les plaintes servent à porter à l’attention de l’autorité des infractions potentielles dont elle n’aurait pas connaissance et à lui permettre d’agir. Si un plaignant peut attendre et même obtenir certains avantages de ce processus, ces avantages demeurent secondaires par rapport à l’intérêt public ». Cette approche démontre clairement que le mécanisme de plainte vise principalement la protection de l’intérêt public plutôt que celle des intérêts individuels[11]. Autrement dit, dans l’appréciation de l’objet et des effets des plaintes, l’autorité souligne que l’objectif principal est la protection de la structure concurrentielle du marché et de l’intérêt public, et que tout avantage éventuel pour le plaignant ne joue qu’un rôle secondaire. Cette approche met en évidence que, dans le système turc de droit de la concurrence, l’objectif principal de la mise en œuvre publique est la protection de l’intérêt général.

Cette divergence révèle une tension entre la séparation des sphères et la nécessité d’une intégration équilibrée. Malgré l’accent doctrinal mis sur la complémentarité entre mise en œuvre publique et privée, la pratique continue de préserver la primauté de la mise en œuvre administrative, limitant ainsi l’autonomie des actions privées en réparation et renforçant la nécessité d’un développement plus cohérent et harmonisé du système.

5. Analyse des actions follow-on en droit turc

En droit de la concurrence, les « actions follow-on » désignent les demandes en réparation introduites par des personnes alléguant avoir subi un préjudice à la suite d’une infraction au droit de la concurrence, après que celle-ci a été constatée par l’autorité administrative compétente. Ces actions se distinguent des actions dites « stand-alone », intentées en l’absence de toute constatation préalable d’infraction par une autorité administrative. Les actions follow-on ont ainsi pour fonction de renforcer le lien entre la constatation de l’infraction et la réparation du préjudice individuel.

Au niveau de l’Union européenne, le régime instauré par la directive, en particulier à travers ses articles 16 et 17, met en place un cadre qui renforce structurellement l’effectivité de la mise en œuvre privée. À l’inverse, bien que la loi n° 4054 reconnaisse explicitement le droit à réparation, le droit turc ne prévoit pas d’outils procéduraux et probatoires comparables facilitant son exercice. Dans le système de l’UE, l’effet contraignant des décisions des autorités de concurrence quant à l’existence de l’infraction (article 16) allège de manière significative la charge de la preuve pesant sur le demandeur dans les actions follow-on. En droit turc, en revanche, aucune règle explicite ne confère aux décisions de l’Autorité de la concurrence un effet contraignant devant les juridictions civiles. Bien que ces décisions soient considérées en pratique comme des éléments de preuve solides, elles ne produisent pas d’effet assimilable à l’autorité de la chose jugée à l’égard du juge civil. En droit processuel, l’autorité de la chose jugée implique l’interdiction de rejuger, la force obligatoire et l’effet probatoire définitif[12]. Cette situation conduit, en pratique, à réintroduire la question de l’infraction dans le débat contentieux, ce qui accroît les coûts de procédure et affaiblit la fonction dissuasive de la mise en œuvre privée.

De manière similaire, l’article 17 de la directive introduit une présomption selon laquelle les cartels causent un préjudice et confère aux juridictions le pouvoir d’évaluer le montant du dommage, rééquilibrant ainsi la charge de la preuve en faveur des demandeurs. En droit turc, bien que les juridictions disposent d’un pouvoir d’appréciation dans le cadre des règles générales de preuve, il n’existe pas de présomption légale de préjudice propre aux cartels. Cette lacune impose une charge probatoire importante aux demandeurs, en particulier dans les affaires nécessitant des analyses économiques complexes. Ainsi, si le droit turc reconnaît le droit à réparation sur le plan substantiel, l’absence de mécanismes probatoires inspirés du droit de l’Union limite l’effectivité de la mise en œuvre privée. À cet égard, les articles 16 et 17 de la directive peuvent constituer des points de référence normatifs pour d’éventuelles réformes du droit turc.

Bien que le développement des actions follow-on en Türkiye en soit encore à un stade initial, la jurisprudence récente ainsi que les discussions doctrinales témoignent d’une évolution progressive dans ce domaine. En particulier, la reconnaissance des décisions du Conseil de la concurrence comme « preuve solide » devant les juridictions civiles crée une pratique de facto proche du modèle follow-on. Même si ces décisions ne disposent pas d’une force contraignante explicitement définie, la tendance des juridictions à ne pas réexaminer en profondeur l’existence de l’infraction et à se concentrer principalement sur le préjudice et le lien de causalité suggère l’émergence d’une approche follow-on implicite en pratique.

Cependant, cette évolution n’est pas encore systématisée. En particulier, (i) l’accès limité aux preuves, (ii) le développement insuffisant des structures d’expertise pour l’évaluation économique complexe des dommages, et (iii) l’absence d’une présomption légale de préjudice demeurent des facteurs essentiels limitant l’extension des actions follow-on. En outre, la suspension fréquente des procédures civiles dans l’attente de l’issue des recours en annulation dirigés contre les décisions du Conseil de la concurrence allonge la durée des litiges et réduit l’effectivité de la mise en œuvre privée. Il convient également de noter que, dans les actions fondées sur la responsabilité délictuelle en matière de concurrence, le délai de prescription courant à partir du moment où la victime a connaissance de l’infraction peut également conduire à la perte du droit à réparation.

6. Conclusion

La relation entre les mécanismes de mise en œuvre publique et privée du droit de la concurrence s’est développée sur la base d’un principe de complémentarité. Dans l’Union européenne, la directive a fait des actions en réparation — en particulier des actions follow-on — un élément structurel renforçant l’effectivité du système. Dans ce cadre, le lien entre la constatation d’une infraction et la réparation du préjudice a été consolidé, et la mise en œuvre privée a été conçue comme un instrument fonctionnel venant compléter l’action des autorités publiques.

En droit turc, bien que le droit à réparation soit reconnu, les outils procéduraux et probatoires permettant d’en assurer l’exercice demeurent limités. Néanmoins, le fait que les décisions du Conseil de la concurrence soient, en pratique, considérées comme des éléments de preuve solides, et que les juridictions fondent leurs appréciations sur ces décisions, témoigne de l’émergence progressive d’une structure proche du modèle follow-on. Bien que cette situation ne repose pas sur un régime contraignant explicite, la pratique tend de plus en plus à converger avec l’approche de l’Union européenne, et l’importance de la mise en œuvre privée s’en trouve corrélativement renforcée.

Dans cette perspective, afin de renforcer l’effectivité des actions en réparation fondées sur des infractions au droit de la concurrence, il apparaît essentiel de développer des mécanismes permettant d’équilibrer la charge de la preuve, de faciliter l’accès aux éléments de preuve et d’accélérer les procédures. Des évolutions en ce sens contribueraient à l’établissement d’un cadre plus efficace et plus prévisible de la mise en œuvre privée en droit turc de la concurrence.

Ayça Buse Kendir, Avocate

 

[1]Antitrust Damages Directive 2014/104/EU, Recital 3; European Commission, White Paper on Damages Actions (2008); Green Paper (2005).

[2] Antitrust Damages Directive 2014/104/EU, Article 3, Right to full compensation.

[3] Antitrust Damages Directive 2014/104/EU, Recital 5, 6, 7, 9.

[4] Tribunal de commerce de première instance d’Istanbul 16e, n° 2016/1281 ; Tribunal de commerce de première instance d’Istanbul Anadolu 6e, n° 2018/274

[5] Tribunal de commerce de première instance d’Istanbul 12e, n° 2017/218

[6] Cour régionale d’Istanbul, 45e chambre civile, n° 2022/1579 ; 14e chambre civile, n° 2019/1922

[7] Tribunal de commerce de première instance d’Istanbul 12e, n° 2017/218, n° de décision 2025/748, 16 octobre 2025

[8] Tribunal de commerce de première instance d’Istanbul 3e, n° 2016/1231 ; Cour de cassation, 3e chambre civile, n° 2023/4497

[9] Conseil d’État, 13e chambre, n° 2020/1756, n° de décision 2024/2675, 10 juin 2024

[10] Cour régionale d’Istanbul, 14e chambre civile, n° 2019/1922, n° de décision 2022/383, 31 mars 2022

[11] n° de décision 24-54/1211-517, 20.12.2024, Y.T. 24.04.2025

[12] Kemal Gözler, “Res Iudicata’nın Türkçesi Üzerine”, Ankara Üniversitesi Hukuk Fakültesi Dergisi, vol. 56, n° 2, 2007, p. 45–61

PartagerTweetPartager
Article précédent

La transformation des pouvoirs d’inspection sur site en droit de la concurrence et les limites constitutionnelles du droit de la défense

Article suivant

Droit d’auteur et IA : une nouvelle présomption à l’étude en France

Liés Articles

L’écoblanchiment dans le cadre du droit de la concurrence

La sensibilisation du public à la crise climatique, qui prend de l'ampleur chaque jour, a poussé les acteurs du marché...

Rekabet Hukukunda Yerinde İnceleme Yetkisinin Dönüşümü ve Savunma Hakkının Anayasal Sınırları

La transformation des pouvoirs d’inspection sur site en droit de la concurrence et les limites constitutionnelles du droit de la défense

A. Les pouvoirs d’inspection sur site et l’approche du Conseil de la concurrence turc L’article 15 de la loi n° 4054...

Risque et conformité dans la fixation des prix par les entreprises dans le cadre du droit de la concurrence

I. Introduction Les principaux objectifs du droit de la concurrence sont d'assurer et de protéger une économie de marché libre...

Dijital Dönüşümün Ticari Ekosistemi Etkilemesinin Rekabet Hukuku Alanında İncelenmesi

Une Analyse De L’impact De La Transformation Digitale Sur Les Écosystèmes Économiques Dans Le Cadre Du Droit De La Concurrence

A. INTRODUCTION L’ère actuelle de la digitalisation, où l’intelligence artificielle (IA) façonne directement l’écosystème commercial algorithmique, fait apparaître la nécessité...

Le problème de la preuve des pratiques concertées

A. INTRODUCTION La concurrence est essentiellement une course entre au moins deux rivaux pour que l'un d'entre eux atteigne la...

İlaç Hammaddelerinde Kartel Yapılanması: Avrupa Komisyonu’nun Alchem Kararı

Ententes sur les matières premières pharmaceutiques : La décision de la Commission européenne sur Alchem

Le droit de la concurrence préserve l'équilibre du marché en garantissant une tarification équitable et un large choix de produits...

Article suivant
Droit d’auteur et IA : une nouvelle présomption à l’étude en France

Droit d’auteur et IA : une nouvelle présomption à l’étude en France

Derniers Articles

La France encadre l’ultra-fast fashion

La France encadre l’ultra-fast fashion

The Rising Role of Central Europe and Şengün & Partners’ New Organization

Le rôle croissant de l’Europe centrale et la nouvelle organisation de Şengün & Partners

Girişimcilik Ekosisteminde Yeni Bir Yapılanma: Şengün Girişim Stüdyosu

Une nouvelle initiative dans l’écosystème entrepreneurial : Şengün Girişim Stüdyosu (Şengün Venture Studio)

Droit d’auteur et IA : une nouvelle présomption à l’étude en France

Droit d’auteur et IA : une nouvelle présomption à l’étude en France

Rekabet Hukuku İhlallerinde Özel Hukuk Tazminat Davaları ve Follow-on Süreçler: Türk Hukuku Açısından Bir Değerlendirme

Actions en réparation et actions follow-on en matière d’infractions au droit de la concurrence : une analyse dans la perspective du droit turc

Rekabet Hukukunda Yerinde İnceleme Yetkisinin Dönüşümü ve Savunma Hakkının Anayasal Sınırları

La transformation des pouvoirs d’inspection sur site en droit de la concurrence et les limites constitutionnelles du droit de la défense

  • A propos de
  • Contact

© 2024 Şengün Partners

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Conseil en investissement en Türkiye
    • Création d’entreprise
    • Actionnaire étranger
    • Concessions – Incitations
    • Dettes fiscales
    • Assurance
    • Achats de biens immobiliers
    • Risque, conformité et réglementation
    • Logistique internationale
    • ESG
    • Compétition
    • Conseil syndical
    • Sélection des régions
    • Transformation Numérique
    • Conseil en technologies de l’information
  • Articles
  • Citoyenneté et immigration en Türkiye
    • Acquisition de la nationalité Türkiye
    • Permis de travail
    • Permis de séjour
    • Droit de la famille pour les étrangers
    • Droit pénal des étrangers
    • Propriété intellectuelle pour les étrangers
    • Pratiques administratives pour les étrangers
  • Différends Internationaux
    • Résolution des Litiges Locaux et Internationaux
    • Arbitrage/ Reconnaissance/ Adjudication
  • Annonces
  • A propos de
  • Contact
  • Français
    • English
    • Deutsch
    • Français
    • Türkçe
    • Español
    • Italiano

© 2024 Şengün Partners